Scandale de Fernelmont: nous avons besoin d’un nouveau modèle agricole!

La découverte de résidus de 23 pesticides dans les cours de récréation d’une école de Cortil-Wodon (à Fernelmont) par Bruno Schiffers, directeur du laboratoire de phytopharmacie de Gembloux Agro-Bio Tech (Ulg) relance le débat sur l’impact sanitaire des pesticides. Malgré l’utilisation de buses anti-dérives, d’une bande tampon (un morceau de terrain agricole non-cultivé) et la plantation d’une haie, les résultats sont inquiétants.

Pour moi, il ne sert à rien de solliciter les agriculteurs pour qu’ils investissent dans de nouvelles machines, il ne sert à rien d’agrandir encore ces bandes-tampons: c’est notre modèle agricole dans son entièreté qu’il faut repenser. Le Ministre de l’Environnement, Carlo Di Antonio, qui se montre souvent prompt à intervenir dans la presse est par contre, plus prudent lorsqu’il s’agit d’agir politiquement.

Retrouvez ci-dessous mon intervention à ce sujet.

Question d’actualité de Mme Morreale à M. Di Antonio, Ministre de l’Environnement, de la Transition écologique, de l’Aménagement du territoire, des Travaux publics, de la Mobilité, des Transports, du Bien-être animal et des Zonings, sur les inquiétudes liées à l’exposition aux pesticides

Mme Morreale (PS). – Monsieur le Ministre, effectivement, l’expert de la Faculté de Gembloux a procédé à Fernelmont – c’était effectivement dans le cadre des préoccupations d’éventuels clusters de cancer – tout prêt de l’école Saint-Martin à Fernelmont, dans une cour d’école, à des identifications et des calculs de taux de résidus de pesticides.

Entre un champ de froments et un champ de betteraves, il a, pendant deux mois – entre le 8 avril et le 6 juin – placé un certain nombre de capteurs et il a identifié qu’il y avait 19 résidus selon que l’on soit dans le champ de céréales ou bien 23 tout prêt du champ de betteraves.

Cela montre plusieurs choses. La première chose est qu’il faut dire que les agriculteurs qui ont accepté d’être suivis avec des capteurs respectent les règles. Ils sont donc dans du conventionnel, c’est vrai, ce n’est pas du bio, mais ils ont une zone tampon de 12 mètres qui est respectée, ils ont investi dans des buses antidérives et ils ont même planté une haie de miscanthus.

Que voit-on ? En fait, les gouttelettes se répandent avec le vent bien au-delà de la zone et, d’autant plus – comme mon collègue l’a dit –, qu’à 600 mètres de là, il y a des champs de pommes de terre et des champs de maïs qui ne sont pas bio, non plus. On épand donc des pesticides, les résidus de pesticides arrivent 600 mètres plus loin.

Alors, c’est sûr que l’on doit faire des choses à la fois pour des personnes particulières plus vulnérables, comme les enfants dans les crèches, dans les écoles et dans les homes, mais plus globalement la situation est vraiment interpellante.

On ne va pas avec ces chiffres, avec l’essai que le professeur a réalisé, résoudre le problème avec une légère extension des zones tampons. Cela veut dire à nouveau que l’on remet la question d’une autre agriculture et de se passer de ces pesticides qui ont des impacts à la fois sur l’environnement, mais aussi du point de vue sanitaire.

Monsieur le Ministre, c’est l’occasion de voir avec vous ce qu’il en est de vos déclarations par rapport à la Wallonie Zéro Phyto. Je voulais avoir des précisions sur les nouvelles mesures ou sur la continuité des déclarations que vous aviez faites il y a encore quelques semaines. Merci.

M. Di Antonio, Ministre de l’Environnement, de la Transition écologique, de l’Aménagement du territoire, des Travaux publics, de la Mobilité, des Transports, du Bien-être animal et des Zonings. – Mme la Députée, complémentairement à ce que ma collègue vient d’exprimer sur les experts qui travaillent à l’étude précise des dossiers santé des personnes à proximité du site de Fernelmont.

En ce qui concerne la législation et les résultats de M. Schiffers, suite à l’article de presse mon cabinet a eu une rencontre avec Bruno Schiffers et son équipe pour examiner ses résultats. Tout d’abord, insister sur le fait que ces résultats aujourd’hui sont encore partiels et ne trouvent pas d’explications toujours rationnelles, puisque l’on trouve des substances qui n’ont pas été utilisées à plusieurs centaines de mètres de l’endroit où étaient placés les capteurs.

Donc, des résultats interpellants qui doivent effectivement être approfondis et nous guider dans le travail qui est en cours. Il y a deux grosses réformes en cours. D’abord, il y a l’adoption d’un nouveau plan wallon de réduction des pesticides, avec toute une série de mesures. On doit vérifier si ces mesures sont suffisantes pour répondre à cette problématique, voir s’il faut les accentuer. Il y a également des législations qui doivent évolue, vous savez que nous avons des arrêtés qui ont été approuvés, d’autres qui sont en cours d’approbation sur des réductions d’usage de certains produits. Avec M. Schiffers, nous avons décidé de poursuivre l’expérience, puisque c’était là une initiative communale, en augmentant le nombre de capteurs pour la saison prochaine et en faisant une étude plus large sur le territoire, de manière à essayer de comprendre d’où viennent ces produits et comment faire pour en réduire la quantité.

Madame Morreale, vous avez raison. Si l’on trouve des produits qui ont été pulvérisés à 500 mètres de là, aller imposer demain une zone tampon de 20 mètres ou de 50 mètres, puisque les débats en sont à ce niveau avec le monde agricole, cela ne servirait pas à grand-chose. Donc, il faut préciser ces études dont aujourd’hui les résultats sont partiels. Ils sont incomplets, ils ne sont pas tout à fait précis, M. Schiffers a bien mis cela en avant. Ce n’est pas le titre du journal, mais c’est ce qu’il a précisé dans ses résultats préliminaires. Nous allons travailler avec lui pour préciser les choses. De manière générale, avec mon collègue René Collin et avec l’ensemble du Gouvernement, vous savez que l’on soutient l’agriculture bio, que l’on soutient toute l’agriculture qui évolue vers une moindre utilisation des produits phytosanitaires. C’est évidemment la réponse la plus pragmatique à ce problème d’utilisation des produits.

Mme Morreale (PS). – Je vous remercie pour vos éléments de réponses. J’ai l’impression parfois que l’on tourne beaucoup en rond. Depuis deux ans maintenant, on a déposé les propositions sur l’interdiction des néonicotinoïdes. On pourra alors faire ce que l’on veut, on voit bien qu’augmenter les zones tampons, cela ne résoudra pas le problème et vous l’avez dit, Monsieur le Ministre. On voit bien qu’en demandant à l’agriculteur de toujours payer plus pour pouvoir investir dans des mesures de protection, au fond, cela ne suffit pas, puisque le problème principal, c’est l’utilisation de ces pesticides-là. Donc, c’est un autre modèle agricole qu’il nous faut et pas de demander aux agriculteurs d’investir pour se protéger, pour utiliser des buses, pour faire 12 mètres ou 15 mètres, ce n’est pas cela qu’il faut, c’est un modèle alternatif.

J’ai entendu, au cours de ces trois années où j’ai siégé au sein de ce parlement, que vous avez parlé de bio, de zéro phyto et maintenant – la différence est quand même notable – de diminution des pesticides. Concernant le « pas », tout le monde l’a compris : on n’est pas dans le détail, on est dans une autre logique et je préférais la logique que vous aviez précédemment, qui était beaucoup plus franche. Si on avait écouté M. Schiffers quand il est venu en commission environnement et en commission agriculture, où il a dit qu’il fallait interdire les néonicotinoïdes, on n’en serait peut-être pas là aujourd’hui. On peut à nouveau l’entendre, on connaît sa position.

Je sais qu’on n’est pas à un paradoxe près au cdH, mais je note quand même que les néonicotinoïdes, comme le fipronil, sont interdits à Bruxelles et sont toujours autorisés en Wallonie.

M. Di Antonio, Ministre de l’Environnement, de la Transition écologique, de l’Aménagement du territoire, des Travaux publics, de la Mobilité, des Transports, du Bien-être animal et des Zonings. – Juste une petite précision pour Mme Morreale – parce que c’est important d’être précis. Dans les substances détectées, il n’y a pas de néonicotinoïdes. Les néonicotinoïdes sont utilisés en agriculture pour l’enrobage de graines ; il n’y a pas de néonicotinoïdes sous forme de pulvérisation. Ils ne sont pas liés à l’agriculture puisqu’ils ne sont pas utilisés en pulvérisation.

Mme Morreale (PS). – En parlant de pesticides, on pourrait parler d’enfumage. Vous dites que les néonicotinoïdes, ce n’est pas grave, alors que vous avez dit le mois dernier ou le mois encore avant que vous étiez d’accord pour les interdire.

Y a-t-il encore des pulvérisations en néonicotinoïdes ou pas ou est-on seulement encore en graines enrobées ? Objectivement, ce sont des points de détail. Sur le fond, aujourd’hui, il faut être cohérent : si l’on interdit les néonicotinoïdes – dont on sait qu’ils sont génotoxiques, qu’ils ont une toxicité à la fois sur l’environnement, mais en plus sur la santé comme de nombreux pesticides, dont le fipronil qui est un insecticide –, je pense que nous devrions suivre la même voie que celle qui est suivie à Bruxelles c’est-à-dire son interdiction.

 

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