Christie Morreale | En France, une femme sur deux a peur dans les transports en commun
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En France, une femme sur deux a peur dans les transports en commun

“La gent féminine est, de loin, plus effrayée à l’idée de prendre les transports publics que les hommes. C’est ce que révèle une étude publiée par l’Institut d’aménagement et d’urbanisme (IAU). Les résultats portent sur l’année 2015 et révèlent que les femmes sont 56,3% à ressentir de l’inquiétude contre 26,7% des hommes. Ces chiffres peuvent sembler très élevés mais ils reflètent une réaction légitime : 37% des interrogées disent avoir été victimes d’un vol sans violence et 39% d’agression sexuelle.”

C’est ce que nous apprend cet article du Figaro, à consulter ici. Si le phénomène existe en France, les femmes belges sont également confrontées, quotidiennement, à la même problématique. Pourtant, chez nous, les pouvoirs publics ne semblent pas encore conscients de son ampleur. Les nombreux témoignages qui affluent sur les réseaux sociaux, quasi quotidiennement, semblent ignorer. Depuis des mois, j’attends une réactions forte des pouvoirs publics wallons.

Tout à commencer en avril 2015, voici deux ans maintenant. A la suite d’une enquête française, j’interrogeais le Ministre Di Antonio. Dans celle-ci, le Ministre semble considérer le phénomène comme banal, voire inexistant.

Or, à mes yeux, c’est tout le contraire. Le phénomène de harcèlement sexuel est présent dans l’ensemble de notre société, qui reste profondément inégalitaire. Dès lors que ce phénomène existe dans le monde professionnel, dans la sphère privée, dans la rue, il existe également dans le bus. Pour moi, c’est simplement inadmissible.

Avec ma collègue, Véronique Bonni, nous avons souhaité mesurer l’ampleur du harcèlement dans les transports en commun au sein de l’agglomération liégeoise. Un questionnaire a été distribué à Liège, Verviers, dans des écoles,… Les résultats étaient édifiants: Chez les 179 utilisatrices de transports en commun répondant à l’enquête, 52% ont subi ou subissent durant leurs voyages des propos ou des insultes sexistes, 51% reconnaissent être ou avoir été victimes de comportements qu’elles jugent dérangeant. 57% des répondantes estiment que le harcèlement dans les transports en commun est un phénomène régulier.

Sans même s’en rendre compte, ces femmes adaptaient leurs comportements afin de ne pas être victimes: elles ne circulent pas seules, évitent des lignes identifiées comme problématiques, évitent les déplacements le soir, adaptent leur tenue vestimentaire, …

Suite à ces résultats, le Ministre Di Antonio, dans une intervention en avril 2016, annonçait la création d’un groupe de travail. Depuis, nous attendons toujours une réaction forte de sa part.

A mes yeux, la problématique du harcèlement dans les transports n’est pas solvable sans que les outils apportés pour tenter d’enrayer le phénomène ne concernent également l’ensemble de la société.Mes solutions proposées sont multiples:

1) C’est par l’éducation des jeunes et moins jeunes, au problème général du sexisme, et à celui plus spécifique du harcèlement, que les choses pourront évoluer positivement. Au sein de cette politique éducative, il conviendrait de sensibiliser tant les potentiels harceleurs que les potentiels témoins. Cette sensibilisation éducative pourrait avoir lieu lors de formations réalisées dans les écoles, les universités, mais aussi des entreprises, organisations, etc.
L’éducation peut aussi se faire par le biais de campagnes de sensibilisations dans les transports en commun, mais aussi dans les lieux publics.

2) Cette enquête a été réalisée de manière assez rapide afin de faire prendre conscience aux différentes instances politiques que le phénomène du harcèlement dans les transports en commun n’est pas anodin. Néanmoins pour corroborer les points saillants que cette distribution de questionnaire a fait ressortir, il conviendrait de mener une grande enquête au sein des différentes compagnies de transport en commun de la Région wallonne. Véronique a d’ailleurs déposé une proposition de résolution en ce sens. D’autre part, le monde du transport est encore souvent masculin et les aménagements sont pensés plus par des hommes que par des femmes. L’expertise des femmes doit être prise en compte.

3) Le personnel doit être formé afin d’être pleinement opérationnel lorsqu’une situation de harcèlement lui est rapportée. Son rôle est primordial dans la lutte contre ce phénomène, tant dans la phase de prévention, que de réaction et d’accompagnement des victimes.
La présence des agents est ressentie comme un élément important de prévention et d’assistance. Elle est rassurante, mais joue également un rôle dissuasif. Il est indispensable de former le personnel. Une formation sur le harcèlement, suivie par tous les agents, quel que soit le poste occupé, permettrait une plus large prise de conscience du problème en leur sein et une intervention efficace.

4) Seules 16 % des répondantes ont référé du comportement sexiste à une autorité, plainte ou personnel naviguant. Néanmoins la Belgique, contrairement à son voisin français, est un État qui s’est doté d’une législation sanctionnant le sexisme dans l’espace public. C’est pourquoi il est nécessaire de permettre aux femmes victimes de connaître tous les ressorts légaux pour qu’elles puissent se défendre. Le constat d’une impunité des actes de harcèlement sexiste et de violences sexuelles est alors simple à faire : très peu de plaintes, peu de témoins et c’est souvent sur les seules déclarations des parties que l’autorité compétente va devoir trancher.
Le faible taux de dépôt de plaintes peut s’expliquer par la honte ressentie par les victimes, mais aussi par leur éventuelle peur de ne pas être prises au sérieux. D’autre part, la procédure du dépôt de plainte est complexe et demande du temps. Pour pallier cette absence de plaintes déposées par les victimes, il est donc essentiel de créer ou de développer des structures permettant une simplification de la procédure. En parallèle, il est important de mettre en place des lignes d’écoutes permettant de se renseigner, de signaler certains faits. Le système de la préplainte en ligne pourrait être repris puisqu’il existe déjà pour les cas de vol ou d’acte de vandalisme. La victime effectue une prédéclaration en ligne puis prend rendez-vous au commissariat pour signer sa plainte.

5) Il est également essentiel de mener une vaste campagne de sensibilisation à la problématique via les canaux de communication existants de la SRWT, à savoir, une campagne dans les transports et abris, une sensibilisation via la création de capsules vidéos diffusées sur les réseaux sociaux mais également sur le site internet du groupe TEC et d’intégrer, dans le cadre de la charte des utilisateurs des transports en commun, un critère réserve aux comportements sexistes afin que ceux-ci soient bannis des transports en commun

6) Je propose également d’étudier la possibilité d’étendre les amendes administratives à ce type de délit.

 

Enfin, je tiens à souligner le travail effectuer par l’association “Touche pas à ma pote”, qui contribue quotidiennement à dénoncer le phénomène, forme et informe les jeunes.