Christie Morreale | Quel avenir pour les centres de dépaysement et de plein air ?
Vice-Présidente du Gouvernement wallon, Ministre de l’Emploi, de la Formation, de la Santé, de l’Action sociale, de l’Egalité des chances et des Droits des Femmes
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Quel avenir pour les centres de dépaysement et de plein air ?

Fédération Wallonie-Bruxelles

Intervention de la Députée Christie Morreale à la Ministre de l’Education du 28/04/2015

Madame la Ministre, dans le cadre de l’ajustement budgétaire, la Communauté française est tenue de trouver des montants relativement importants. Cet après-midi, j’ai pris connaissance d’un communiqué annon- çant qu’il y aurait un report du déficit budgétaire et qu’aucune mesure ne serait imposée dans un certain nombre de secteurs. Le moment est donc bien choisi pour vous interroger à propos des ru meurs concernant les dix centres de dépaysement et de plein air (CDPA).

Ces centres ont déjà été mis à contribution en 2014, le budget initial de 1,8 million étant ramené à 1,095 million, soit une réduction d’environ 40 %. Certes, des nominations de personnel sont intervenues, mais les centres ont incontestablement contribué à l’effort nécessaire. Et, dans les difficultés que nous connaissons, c’est peut-être logique. Aujourd’hui, il est question de la vente de certains bâtiments et de la fermeture de plusieurs centres.

Le monde syndical conteste cette nouvelle mise à contribution des CDPA. Très inquiets, les centres aimeraient bien être fixés sur leur sort. Des informations éparses leur parviennent; ils ne savent pas de quel bois ils vont se chauffer. Ils se trouvent dans une situation difficile et se sentent parfois délaissés. Réduire la dotation est envisageable, mais j’imagine que d’autres solutions existent.

Créées en 1996 par un arrêté gouvernemental, ces institutions cadrent parfaitement à la mise en œuvre des missions de l’enseignement telles que formulées dans le décret de 1997. À partir de la découverte de la nature et de l’environnement, les enfants sont invités à prendre pleinement conscience des diversités écologiques et humaines qui les entourent. Chaque année, des milliers d’enfants découvrent par ce biais les enjeux du développement durable, de la protection de la nature, etc.

À côté de leur rôle éducatif, ces centres ont une fonction sociale cruciale puisqu’ils permettent à des enfants qui n’ont pas nécessairement les moyens de partir en vacances, de voyager, de découvrir un environnement différent de leur quotidien. Pour certains, c’est leur première expérience dans ce domaine. Pendant cinq jours, ils découvrent la vie en communauté, le partage, le vivre ensemble et la collectivité. Il s’agit donc d’une mission d’épanouissement personnel.

Pour un montant de 70 à 80 euros par semaine, ces centres permettent à tous les enfants de sortir du cadre familial pour découvrir la vie en collectivité, avec tous les avantages que cela comporte. La somme demandée aux participants ne permet pas de couvrir l’ensemble des dépenses occasionnées par l’entretien des bâtiments et la prise en charge du personnel. Cinq jours en CDPA coûtent entre 300 et 400 euros, la différence étant prise en charge par la Communauté française.

Si certains centres parviennent, laborieuse- ment et grâce à une gestion budgétaire très rigoureuse, à survivre, d’autres semblent déjà en difficulté depuis plusieurs années.

Possédez-vous des informations plus précises concernant la dotation de chacun de ces centres? Dans quelle santé économique se trouvent-ils à l’heure actuelle?

Aujourd’hui, les dix centres emploieraient 276 personnes – enseignants, animateurs, ouvriers, personnel de cuisine – et rencontrent un succès indéniable. J’ai pu moi-même m’en rendre compte en visitant le centre d’Esneux, situé dans le magnifique domaine du Rond-Chêne. Ce dernier possède une capacité d’accueil de 150 enfants. Les places y sont réservées plusieurs mois, voire une année, à l’avance! Chaque année, le centre héberge plus de 3 000 enfants et même des adultes. Les infrastructures sont utilisées de manière optimale et les locaux sont loués le plus souvent possible. En réalité, la majorité des centres se portent très bien. Je pense notamment au centre de Han-sur-Lesse, cher à M. Dermagne.

Les centres de dépaysement affichent complet et fonctionnent bien. Assez étonnamment, il n’est pas rare d’entendre que de nombreux enfants partent en classe verte dans des domaines privés. Pourquoi ne vont-ils pas dans les CDPA? J’ai posé la question à un certain nombre d’établissements scolaires, lesquels n’étaient pas toujours bien au courant. Il ne fait pas de doute qu’ils préfèreraient payer moins cher, les prix pratiqués dans le privé étant largement supérieurs.

Ne pourrions-nous pas encourager les écoles, au moins celles de notre réseau, à se rendre systématiquement dans les centres? Les autres pourraient d’ailleurs être elles aussi informées, car les prix pratiqués sont sensiblement plus avantageux que dans le privé.

Madame la Ministre, quel est votre projet pédagogique pour ces centres? Comment entendez- vous les soutenir et leur permettre de poursuivre une mission sociale à laquelle mon groupe croit profondément?

Peut-on envisager de procéder à un recense- ment global, permettant d’évaluer la fréquentation de chaque centre? Cet exercice nous permettrait de réaliser combien ces centres sont fréquentés. Pourrait-on procéder à une analyse financière des centres afin d’appréhender la situation actuelle?

La plupart de ces centres possèdent de superbes infrastructures. Dans la mesure du possible, ils sont disposés à les mettre, le weekend, à la disposition de groupes ou d’ASBL. Ont-ils cette possibilité? Des conventions simplifiées et rapides permettent-elles de louer ces bâtiments le weekend?

Quand il est question d’économies, je pense qu’il faudrait examiner les possibilités d’augmenter les recettes de ces centres au lieu de songer à des fermetures. À cet égard, je suis persuadée que des pistes existent.

 

Réponse de la Ministre :

Mesdames, Messieurs, si une mesure concernant les centres de dépaysement et de plein air avait été prise, vous l’auriez su depuis ce matin et après une conférence de presse à 13 h! Ceci prouve qu’il ne faut pas toujours se fier à la presse et, à partir d’un article, déposer une kyrielle de questions.

Il n’a jamais été question de vendre quoi que ce soit.

Je suis très claire, nous ne pouvons pas non plus prendre des mesures qui concernent les enseignants, diminuer les dotations aux écoles, in- vestir dans de nouvelles politiques pédagogiques – il y a pourtant là des urgences – sans penser à optimaliser nos dépenses de structures qui, en Fédération Wallonie-Bruxelles, pourraient vraiment être mieux gérées. Si, sous cette législature, nous devons travailler sur un sujet particulier afin de nous inscrire dans la trajectoire budgétaire tout en ne mettant pas à mal nos politiques, c’est bien sur les structures.

Nous sommes les champions de la multiplication des structures qui ont chacune leur propre financement, ce qui crée entre autres des doubles emplois. Il faut adopter une logique d’optimalisation de nos moyens. Si nous pouvons utiliser une structure au lieu de trois, faisons-le! Ceci ne lèsera personne et permettra de diminuer les coûts ainsi que de dégager des moyens pour améliorer l’encadrement pédagogique ou démarrer de nouvelles choses.

Après cette introduction générale, j’en viens aux centres de dépaysement et de plein air. J’ai été étonnée des informations que vous relayez, car ils n’ont jamais été la cible de quelconques économies, si ce n’est celles demandées à l’ensemble du secteur. Mercredi dernier, le gouvernement, à ma demande et après une longue procédure de marché public, a désigné un consultant qui aura pour mis- sion d’analyser les dépenses de fonctionnement de l’Enseignement. Le but est de faire des économies sans toucher à nos politiques, au personnel, à la pédagogie ou aux services, par la réduction, par exemple, des frais de chauffage en créant une centrale d’achat commune ou en rationalisant l’offre des écoles. Mais rien n’a été décidé pour les centres de dépaysement et de plein air.

Comme vous le savez, nous avons dix centres de dépaysement et de plein air. Mais tous n’ont pas la même fréquentation, tout en ayant tous des coûts de fonctionnement importants. Comme vous l’avez signalé, Madame Morreale, il y a un problème de recette. Quand je visite certains centres de dépaysement et de plein air et que j’analyse ce que fait le secteur privé, je constate qu’il pourrait y avoir une logique de recette, quitte à rénover ces centres. Des entreprises organisent des séjours pour leurs employés et ceci pourrait être un créneau porteur. Il n’y a pas de logique de recette et il faudrait la créer. Ces centres pourraient être utilisés le week-end.

Les coûts de fonctionnement des centres de dépaysement et de plein air pourraient être diminués grâce à une mutualisation. Faut-il que chaque infrastructure ait sa propre direction?

Je vous rassure, il n’y a aucune économie qui vise spécifiquement les centres de dépaysement et de plein air. C’est la même chose que pour le secteur culturel.

Je vous transmets l’état financier et les fréquentations des centres de dépaysement et de plein air.

Réplique de la Députée Christie Morreale :

Je vous remercie, Madame la Ministre, pour cette nouvelle rassurante pour le secteur ainsi que pour les élèves et les écoles. Il n’est, semble-t-il, pas question de fermer les dix centres de dépaysement, et je m’en réjouis, comme je l’avais fait voici un an, lorsque l’on a procédé à la nomination de personnel administratif et ouvrier dans ces centres. Nous ne vivons pas sur une autre planète, nous sommes bien conscients qu’il faut réfléchir à des pistes permettant d’optimaliser des ressources qui ne sont pas pléthoriques. Les prix doivent-ils être revus? L’ont-ils été au cours des dernières années?

J’entends que l’accueil des enfants fonctionne très bien, mais que l’on ne peut pas en dire autant de l’accueil et de la formation des adultes. Envisage-t-on d’intégrer dans certains centres davantage d’enfants, que certaines écoles refuseraient en raison d’un manque de place, ce qui permettrait d’augmenter les rentrées financières?

On pourrait envisager de recourir au privé par exemple, à condition bien entendu qu’il n’y ait pas de concurrence avec les écoles. Le but serait d’utiliser les places où elles sont disponibles. Certains centres sont magnifiques. Madame Simonet connaît bien celui du Rond-Chêne à Esneux, endroit qui mériterait largement que l’on s’y intéresse, notamment s’il est sous-utilisé, pour la formation des adultes.

On pourrait aussi imaginer des ponts avec des établissements scolaires se trouvant à proximité. Peut-être vaudrait-il la peine de créer un groupe de travail et de concertation et de proposer des pistes permettant de mieux faire fonctionner ces centres tout en maintenant ces outils qui, je le pense, favorisent la mixité sociale des enfants, ceux qui ont parfois l’occasion de partir en vacances, avec leur famille, et les autres. Ce sont des possibilités prometteuses qui doivent pouvoir être maintenues dans notre dispositif.