Christie Morreale | Supporters de foot: Il faut promouvoir le fair-play dès le plus jeune âge !
Vice-Présidente du Gouvernement wallon, Ministre de l’Emploi, de la Formation, de la Santé, de l’Action sociale, de l’Egalité des chances et des Droits des Femmes
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Supporters de foot: Il faut promouvoir le fair-play dès le plus jeune âge !

Question écrite à Monsieur Rachid Madrane, Ministre en charge des sports

Les événements récents qui ont eu lieu lors du match de football Charleroi-Standard démontrent combien ce sport reste encore compromis par les comportements totalement injustifiés de certains « supporters ». Insultes, lancement de projectiles, comportements violents doivent être purement et simplement bannis des stades.

Si les initiatives pour combattre ces comportements sont nombreux, je souhaite faire le point avec vous sur cette problématique. En tant que criminologue, je m’intéresse particulièrement aux manières dont nous pourrions rendre les stades des endroits conviviaux pour tous, où les familles pourraient s’y rendre sans crainte.

Il me revient que des réflexions sont actuellement en cours à l’Université de Liège sur cette thématique. Dans ces réflexions, il serait notamment question d’établir une sorte de classement par équipe, en fonction du fair-play des supporters. Les meilleures équipes seraient alors récompensées par l’octroi de points supplémentaires, à la fin de l’année. L’enjeu serait donc de taille.

A l’heure actuelle, le championnat belge prévoit ce classement mais qui concerne uniquement la manière dans se comporte l’équipe, en fonction des cartes adressées aux joueurs. L’idée serait donc de prolonger cette pratique aux supporters.

Actuellement, nous savons que l’Union Belge prévoit des sanctions importantes : perte de points, amendes, possibilité d’interdire les déplacements, … Or, les débordements sont encore trop nombreux. Monsieur le Ministre entretient-il des contacts réguliers avec l’Union belge afin de résoudre ce problème ? Pouvez- vous me préciser connaître votre marge de manœuvre dans ce dossier ?

Réponse

Comme vous, j’ai été affligé par les scènes inadmissibles qui se sont produites ce week-end lors du match de football entre le Standard et Charleroi. J’étais supposé donner le coup d’envoi, mais j’en ai été empêché. Il y a parfois des empêchements heureux!
Je ne pourrai vous répondre que dans les limites de mes compétences. En tant que Ministre des Sports, je n’ai aucun pouvoir pour enrayer ce phénomène de violence et prendre des sanctions. Ces mesures dépendent des SPF Justice, Intérieur (cellule Football), et de l’URBSFA. La loi du 21 décembre 1998 relative à la sécurité lors des matches de football, mise à jour en 2007, est applicable à nos stades de football. Elle contient des obligations tant pour les organisateurs que pour le public; elle peut imposer une sanction administrative à quiconque enfreint la loi. Nous travaillons avec l’ACFF (Association des clubs francophones de football) au respect du fair-play, de l’éthique et de la bonne gouvernance.

Je tiens à souligner l’excellent travail mené par l’association des clubs francophones de football, et plus particulièrement, par M. Chatel sur la lutte contre la violence dans le football.

Pour rappel, dans le cadre de la lutte contre la violence physique et verbale autour des terrains de sport, mon prédécesseur avait lancé, lors de la saison 2015-2016, un projet pilote en collaboration avec l’ACFF qui visait à instaurer un climat fair-play dans les clubs, en mettant l’accent sur le rôle d’exemple des parents dans les matches de jeunes. Ce projet repose sur la formation d’un référent par club, le «Référent Vivons Sport», dans la gestion de conflits et dans le coaching des parents de son club, les «Parents fair-play».
L’objectif est de conscientiser les parents sur le rôle d’exemple à jouer au bord des terrains et de créer de cette manière une dynamique positive autour des jeunes qui seront les parents de demain.
Pour cette saison pilote 2015-2016, en Wallonie, 21 clubs ont participé au projet et, donc, 21 référents ont été formés. Environ 100 parents ont joué leur rôle de «Parent fair-play» au bord des terrains.

Avec la création d’un label de qualité pour les écoles de jeunes, l’ACFF dispose d’un nouveau levier pour développer ce projet dans ses clubs. L’action «Parents fair-play» a donc été élargie à 70 clubs en Wallonie pour la saison 2016-2017, ce qui représente environ 800 «Parents fair-play» au bord des terrains de football chaque week-end. Les 70 «Référents Vivons Sport» ont suivi, en septembre, la formation organisée dans leur province et dispensée par des formateurs ACFF spécialisés. Ils sont d’ores et déjà en contact permanent avec leur formateur et avec le département technique de l’ACFF. À terme, l’objectif est d’institutionnaliser ce concept de «Référent Vivons Sport» et de «Parent fairplay» dans tous les clubs de l’ACFF pour disposer d’une personne relais par club en termes de fairplay et d’un parent fair-play par équipe, cela afin de créer un climat serein autour du terrain. En termes de sanction, un club qui ne respecterait pas ces règles pourrait perdre son label, voire être rétrogradé.

À l’aune des 90 000 matches par saison, les faits de violence sont heureusement rares, mais les scènes de ce week-end sont inacceptables. J’en ai assez de ces supporters qui salissent les valeurs du sport, et du football en particulier. Récemment, j’ai assisté à un match de rugby au Stade de France. Devant près de 80 000 spectateurs, il opposait la France et la Nouvelle-Zélande. Ma première surprise a été de constater que les supporters étaient mélangés, avec femmes et enfants. Les deux équipes et les arbitres ont eu droit à des haies d’honneur, l’ambiance était extraordinaire, tout le monde faisait la fête et se levait pour les belles actions de jeu. Le rugby est un sport de brutes pratiqué par des gentlemen et supporté par un public qui a le sens de la fête. J’espère que le football ne deviendra pas l’inverse.

Je le répète, j’en ai marre de ces supporters! Si les instances du football ne réagissent pas, les stades ne seront plus remplis que de voyous, les familles ne viendront plus, et peut-être qu’un jour, il n’y aura plus de supporters non plus… En tout cas, après avoir vu de telles images, je ne pourrai plus assister à ce genre de derby avec ma fille de 10 ans ni mes amis avec leurs enfants, parce que c’est devenu trop dangereux. Au Stade de France, 80 000 personnes sont sorties ensemble, supporters français et néo-zélandais, pour faire la fête, chanter et boire un verre. Des enfants dansaient.

Il n’y a pas eu un seul incident dans et en dehors des gradins. Je pense que le football devrait de temps en temps en prendre de la graine.

J’ai parlé tout à l’heure du hockey. Neuf mille personnes ont assisté au match retour Belgique-Argentine. Il y avait des enfants partout. C’était une véritable fête. Pourquoi le football mobilise-t-il autant de forces de police de nos jours? Je n’ose même pas dire combien coûte un match de football de cette envergure. J’ai assisté au Championnat d’Europe et j’ai vu ce qui s’était passé à Marseille avec les supporters anglais. J’ai l’impression que c’est devenu une espèce de catharsis de personnes qui préfèrent se bagarrer au lieu de s’intéresser au football. J’en ai marre de ces gens. Nous allons continuer à essayer de changer les choses avec le concours de nos instances, mais je pense qu’il faudra commencer à réapprendre le fair-play dès le plus jeune âge.

Christie Morreale – La Belgique est un pays compliqué. Il est parfois un peu frustrant pour les parlementaires et les ministres de devoir saucissonner les compétences et dire que la sécurité et les compétences relatives aux violences qui sont exercées au sein des clubs sportifs et des stades de football relèvent du niveau fédéral. Comme certains d’entre nous sont également sénateurs de communauté, ils pourront relayer ce problème. On envisage ceci par le prisme de vos compétences en tant que ministre des Sports, mais il est important que nous puissions réagir aussi même si on parle de la violence dans les organisations sportives et footballistiques de haut niveau.

Il faut promouvoir le fair-play dès le plus jeune âge. Claude Eerdekens a été un des premiers à travailler sur ce sujet, qui lui tient beaucoup à cœur et qu’il a développé ces dernières années.
Les aspects punitif et sécuritaire sont importants dans la politique, mais, comme M. Puget l’a évoqué, est-ce admissible qu’on se trouve dans des événements sportifs d’une telle ampleur en devant séparer des supporters, en devant faire appel aux chevaux et à des gens armés jusqu’aux dents? D’autres types de politiques doivent aussi être menées et je rejoins l’idée de lancer des analyses comparées au sein d’un groupe de travail qui pourrait apporter une plus-value en réfléchissant à d’autres pistes que celles qui existent aujourd’hui puisqu’elles ne se suffisent pas en tant que telles, comme l’application directe du fan coaching ou des projets plus originaux comme ceux sur lesquels ont planché des étudiants de l’Université de Liège. Nous avons travaillé ensemble au sein de cabinets ministériels et il nous est arrivé de ne pas répondre à des questions. Cette idée de groupe de travail au cabinet ne m’apparaît pas du tout saugrenue et pourrait inspirer l’un ou l’autre sur les réponses à apporter dans ce dossier.

Comme tout le monde y est allé de son expérience, je voudrais également dire que je me suis rendue à Porto Alegre dans le sud du Brésil pour voir un match de football opposant le Brésil au Honduras. À cette occasion, j’ai été profondément marquée par la différence des supporters dans le sud du Brésil. Leur composition était autant féminine que masculine. Les gens se rendaient au stade de foot en famille pour faire la fête comme lors d’un spectacle. Cette capacité à faire la fête autour d’un match de football pourrait inspirer ici. Peut-être que la présence des femmes et la mixité amélioreraient un peu le comportement agressif de certains, et je suis certaine qu’Isabelle Simonis ne sera pas insensible à cette approche.

Il semblerait qu’il y ait eu un travail au cours des quinze dernières années pour faire en sorte que les familles puissent revenir dans les stades, ce qui a changé complètement la donne. En Angleterre, cela va dans les stades, mais pas à l’extérieur de ceux-ci et il faut y être aussi attentif.

La ligue porte le nom d’une marque d’alcool. Il n’est guère populaire de le dire, mais je ne comprends pas pourquoi il faudrait consommer de l’alcool pour faire la fête. Associer le sport et l’alcool est encore plus incompréhensible. J’ai donc été particulièrement heureuse de constater que dans le magnifique stade de football de Porto Alegre, il n’y avait pas la moindre goutte d’alcool et que cela n’empêchait pas les supporters de faire la fête. Il est parfois bon de s’inspirer de l’expérience des autres.