Christie Morreale | Valorisation de la laine wallonne
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Valorisation de la laine wallonne

Question écrite de Christie Morreale à Monsieur le Ministre de l’Agriculture, de la Nature, de la Ruralité et du Tourisme

Chaque année, environ 150 tonnes de laine wallonne seraient envoyées par conteneur en Chine avant d’être rachetées pour être revendues et revenir en tant que produit fini sur notre territoire.

En 2016, l’ASBL Filière laine a donc décidé de lancer ses premières activités en créant des liens entre les différents acteurs (producteurs et transformateurs). L’objectif consiste à valoriser le produit de la tonte sous-estimé par les producteurs, qui considèrent même que la laine représente un coût. L’ASBL, installée à Marbehan, s’est associée à d’autres structures pour décrocher un financement via les projets Interreg, le programme de coopération territoriale européenne. Pour que la filière soit pérenne, la coordinatrice de la Filière laine préconise le développement à 3 niveaux de production: artisanale, de série et industrielle.

Cette réflexion met en avant le problème de la valorisation de nos produits, comme la laine. Des réflexions ont-elles lieu à ce sujet ? Quels sont les freins qui se posent actuellement à nos producteurs ovins qui empêchent cette valorisation ? Comment assurer des débouchés pour ces produits ?

Enfin, des concertations ont-elles lieu avec les collèges des producteurs ?

Réponse

La part du revenu des éleveurs ovins provenant de la laine s’avère en effet très faible. Si une brebis produit annuellement 24 kg carcasses de viande d’agneau à environ 5,5 €/kg, elle ne produit que 2 kg de laine dont le prix est, par ailleurs, déterminé par le marché mondial.

En 2016, la laine non triée et non noire s’échangeait à 0,90 €/kg. Ce prix a fortement chuté en 2017. Les causes sont multifactorielles. La Chine, premier transformateur mondial voit son marché se saturer. 90 % de la production française y est envoyée et le Brexit a induit une vente des stocks britanniques. En Océanie, la demande de viande d’agneau à l’export a poussé les bergers australiens et néo-zélandais à croiser leurs mérinos, race lainière par excellence, avec des races bouchères, ce qui a entrainé la mise sur le marché d’un important volume de laine d’une qualité comparable à la nôtre.

Quoi qu’il en soit, le frein principal pour les éleveurs est lié au prix d’achat de la laine, en regard du travail généré, pour fournir un produit de qualité. Cela nécessite de la main d’oeuvre supplémentaire à celle dédiée à la tonte : propreté de la laine, tri de la laine, bourrage. Ces opérations engendrent un coût estimé de 3 €/kg. À cela, il faut bien entendu ajouter les frais de tonte qui oscillent entre 2,5 € et 10 € par mouton suivant le troupeau et les facilités. Bien que le prix offert par l’ASBL soit de 1,5 €/kg, ces frais supplémentaires ne sont bien souvent pas couverts.

Un autre point à prendre en considération est le fait que peu d’éleveurs livrent eux-mêmes leur laine. Les dernières statistiques démontrent que 79 % des éleveurs wallons ont moins de 10 brebis et que seuls 5 % en ont plus de 50. Vu les quantités de laine, la logistique de collecte constitue souvent une contrainte majeure. Malgré la mise en place de points de collecte, la charge en temps et les coûts de transport sont tels que la majorité des éleveurs laissent leur laine au tondeur. Dans ce cas, ils ne peuvent toucher l’éventuelle plus-value liée à la qualité, qui dépend principalement du travail du tondeur. Un éleveur souhaitant conserver sa laine et demandant la plus grande attention au tondeur verrait probablement le prix de la tonte augmenter de manière non négligeable.

Malgré cela, je souhaite souligner que les objectifs du projet sont louables et d’intérêt pour notre région.

Nous constatons cependant qu’actuellement, un travail important doit être mené. Dès lors, la filière laine joue un rôle primordial dans l’accompagnement des projets, dans la recherche et l’émergence de nouveaux produits issus de la laine locale sans oublier la mise en contact de personnes qu’ils soient éleveurs, entrepreneurs ou artisans. Son dynamisme est d’ailleurs unanimement apprécié. Le Collège des producteurs s’est investi dans la mise en place de l’ASBL et est toujours à disposition pour faciliter le développement de liens collaboratifs adaptés aux acteurs. Quelques éleveurs seraient intéressés de se spécialiser, probablement à petite échelle ou en diversification, dans ce produit non alimentaire qui peut être qualifié de noble.